"C’est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu’ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu’ils ne cherchent pas à comprendre eux, le pourquoi qu’on est là. Ça leur est bien égal. Ils dorment n’importe comment, c’est des gonflés, des huîtres, des pas susceptibles, Américains ou non. Ils ont toujours la conscience tranquille."

Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit

"De tous les « humains » qui cohabitent dans leur connerie institutionnalisée, vous, les flics, êtes les seuls dont je pourrai avoir pitié, à la rigueur. Car vous faites vraiment pitié, à défendre un Etat qui vous ignore, une société qui vous méprise, une culture qui vous hait. On vous attribue un salaire d’ouvrier agricole brésilien pour passer votre temps à recevoir les crachats des diverses foules animées par le ressentiment qui, seul désormais, est capable de les mouvoir quelque peu. Les uniques fonctionnaires dont la situation est encore moins enviable que la vôtre, ce sont les militaires. Cependant, eux, au moins, peuvent déverser des tonnes de napalm et de munitions à fragmentation au mètre carré d’abrutis, cela doit aider à endurer la situation. Tandis que vous, pauvres techniciens de surface du désordre public, tristes gardiens du ridicule instruit, prévôts de la pédanterie néo-bourgeoise, vous, c’est tout juste si vous avez le droit de tirer une grenade lacrymogène contre un rassemblement de tarés habités par la haine dont on nous dit qu’il faut « tolérer la différence.”

Maurice G. Dantec, Artefact.

"Alors il se mit à expliquer ce qui n’allait point dans l’agriculture; comme quoi la terre ne rapportait pas. Combien Edouard Moisan devait s’estimer plus heureux de vivre en ville, “parmi le monde”, avec tous les samedis le salaire qui arrive non pas en blé à couper, en pommes de terre à arracher, mais en bon argent qui tombe directement dans la main, infailliblement, “qu’il mouille ou qu’il vente”. Edouard ne s’en défendit pas, car il était vaniteux; et les plaintes mi-spécieuses, mi-sincères d’Euchariste le confirmaient dans son sentiment de supériorité, lui, le Moisan de la ville, sur le Moisan de la campagne. Aussi bien, d’ailleurs, n’avait-il jamais regretté la ferme paternelle d’oùil s’était évadé à vingt ans pour venir épouser une citadine contre le gré de son père; en vérité, l’attrait de la ville n,avait pas été pour peu dans sa décision, ainsi qu’un fond de paresse insouciante auquel le travail de boutique convenait mieux que la dure corvée du labour. Jamais il ne songeait à ces satisfactions que sont la joie de soigner un bien qui est à soi, la stimulation des espaces larges, le triomphe des récoltes réussies; tous agréments qui sont théoriquement vrais mais que, en fait, le paysan perçoit bien rarement, si jamais.
Et moins encore à la beauté claironnante des matins sur les prés humides de rosée, à toute cette poésie agreste que seuls goûtent ceux pour qui rien de tout cela n’est quotidien. Il ne lui restait mémoire que de la fatigues des bras aiguillonnés par l’orage ou les gelées prochaines; du souci de la moisson menacée par un nuage gonflé de grêle. Certes, la nature champêtre lui paraissait grande, si grande, en vérité, qu’il se sentait annihilé par son immensité même. Il aimait mieux dépendre d’un homme. Et de tout cela il ne regrettait parfois que les longues flâneries de l’hiver. Sa boutique lui donnait un sentiment que son cousin ne pouvait connaître; celui d’être le maîtres des choses. Non, pas un instant il n’avait regretté la terre.”


Ringuet, Trente arpents.

I spit on your happiness! I spit on your idea of life—that life that must go on, come what may. You are all like dogs that lick everything they smell. You with your promise of a humdrum happiness—provided a person doesn’t ask much of life. I want everything of life, I do; and I want it now! I want it total, complete: otherwise I reject it! I will not be moderate. I will not be satisfied with the bit of cake you offer me if I promise to be a good little girl. I want to be sure of everything this very day; sure that everything will be as beautiful as when I was a little girl. If not, I want to die!


— Jean Anouilh, Antigone.

J’ai une horreur maladive de tout ce qui est commerce. Je ne sais pas ce que je vais faire dans la vie mais si je fais quelque chose ce sera.. le mot est un peu prétentieux, tant pis ; ce sera pour… créer… pas pour troquer, échanger, faire circuler. Créer. Ne serait ce que créer un enfant. Un jour ou l’autre j’aurai un enfant. Si je fais quelque chose ce ne sera pas uniquement pour gagner de l’argent. Si l’argent vient après… bah tant mieux. Tandis que l’argent est la seule raison d’être du commerce. On ne vend pas par plaisir, mais uniquement pour GAGNER. Moi, il faut que je trouve du plaisir à faire ce que je fais. 
Eric RohmerLe beau mariage.

"Pendant les heures de canicule le stade était interdit parce qu’il faisait trop chaud, il faisait 40 à l’ombre, puis ça tapait fort quoi, alors un jour on était là, on a vu un grand mec costaud, parce que physiquement il se remarquait, qui fait 1, 2,3 tours… Bon, on va lui dire qu’il ne faut pas! Et un ami est allé le voir, il l’ arrête et il lui dit «Il ne faut pas courir, c’est interdit! ». Bigeard ne lui répond pas et mon ami lui demande: «- Qui êtes-vous ? ». « -Moi je m’appelle Bigeard, je cours et je vous emmerde! ». -

Pierre Darcourt, interview pour “Indicatif Bruno”.