Sur la Nouvelle Droite et Alain de Benoist


Écrit sous forme de réponses à des questions de François Bousquet, un nouveau livre d’Alain de Benoist se veut une sorte de bilan intellectuel mêlé à de nombreux souvenirs portant notamment sur la généalogie familiale et l’enfance de l’auteur, déjà lecteur boulimique, allergique aux sports. Il se définit lui-même comme un esprit encyclopédique et même un collectionneur compulsif de livres et d’idées. À le lire, on découvre qu’il avait les aptitudes d’un très grand universitaire jonglant avec talent entre les systèmes de philosophie politique brillamment décrits. Il dit parfois son ambition d’affirmer une « conception du monde » (Weltanschauung), sans que celle-ci apparaisse clairement sous sa plume de théoricien quelque peu désenchanté.
On sait que le nom d’Alain de Benoist est étroitement associé au courant de pensée de la Nouvelle Droite (ND), « cette belle aventure de l’esprit » issue de l’aventure d’Europe Action et de la Fédération des Étudiants nationalistes à qui tout un chapitre du livre est consacré. Au fil du temps, dans ses colloques et ses revues, avec un grand dynamisme, la ND récusa le racisme au nom du différentialisme, fit redécouvrir l’héritage païen de l’Europe, introduisit à la connaissance des travaux de Georges Dumézil ou à la pensée de la “Révolution conservatrice allemande”, critiquant aussi vertement l’américanisme et le libéralisme. Elle représenta une immense espérance dont beaucoup conservent la nostalgie.
Alain de Benoist est resté la figure intellectuelle dominante de ce que fut la ND, tout en ayant pris ses distances avec certaines orientations initiales. Il s’en explique, justifiant son droit de penser par lui-même en liberté, et donc d’évoluer de façon parfois déroutante pour ses amis. « C’est toujours dans mon propre entourage, écrit-il (p. 260), que j’ai rencontré le plus de résistances, et il n’y a sans doute pas un tournant idéologique que j’ai pris pour lequel je n’ai été obligé de batailler pour imposer ». Il est bien conscient que d’avoir été dans sa jeunesse catalogué d’extrême droite a nui à la diffusion de sa pensée propre : « N’est intellectuellement légitime en France que ce qui vient de la gauche. Un passé d’extrême droite, fût-il lointain, est une tunique de Nessus. » Il n’en avait pas toujours été ainsi. Avant la Seconde Guerre mondiale, les idées qualifiées ultérieurement d’extrême droite, par exemple celles de Charles Maurras, tenaient le haut du pavé en France comme dans la plupart des nations européennes. Ensuite, l’histoire a basculé pour un bon moment.
À partir des années 1980, remarque le mémorialiste, une véritable chape de plomb s’est abattue sur la pensée critique. […] Par cercles concentriques, quantité d’auteurs se sont progressivement vu retirer l’accès aux hauts-parleurs. On n’a pas cherché à réfuter leurs thèses, on leur a coupé le micro. L’important était que le grand public n’ait plus accès à leurs œuvres. » C’était une sorte d’application du gramscisme : ceux qui contrôlent le pouvoir culturel en interdisent l’accès à leurs ennemis. Pourtant, dans une période précédente, Alain de Benoist et la ND avaient réussi une percée remarquable lors de la création du Figaro Magazine première formule, dont ils animaient la rédaction avec la complicité de Louis Pauwels. Ce succès provoqua deux attaques massives durant l’été 1979 puis en octobre 1980 lors de la campagne de diabolisation qui suivit l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic (attentat d’origine proche-orientale, attribué tout d’abord à l’extrême droite). Le résultat fut une épuration du Figaro Magazine sur pression notamment de Maurice Lévy, alors patron de Publicis. Louis Pauwels fut contraint de se séparer des journalistes de la ND. Le Figaro Magazine perdit la moitié de ses lecteurs, mais augmenta ses recettes publicitaires… Preuve de ce qu’est la réalité de la presse dans une démocratie soumise au pouvoir de l’argent.
Ce qui retient l’attention dans les mémoires d’Alain de Benoist, c’est avant tout le cheminement d’un esprit agile et brillant, exceptionnellement doué pour le débat philosophique qui est sa passion. La réalité parvient à lui, moins par l’observation concrète des phénomènes, que filtrée par les théories et les concepts qui en ont été déduits. Ainsi, les immenses bouleversements qui ont affecté l’Europe et le reste du monde depuis la Révolution française, puis la révolution industrielle, le siècle de 1914, le grand recul européen et les ressacs migratoires de la décolonisation, sont appréhendés à travers les interprétations et concepts généralement a-historiques de divers théoriciens. Grâce aux brillantes aptitudes de l’auteur, ces interprétations sont analysées avec une constante clarté. En conclusion, Alain de Benoist peut légitimement dire sa fierté « d’être resté un esprit libre [et] de n’avoir jamais déserté la pensée critique ». Il aurait pu ajouter qu’il est également toujours resté fidèle à un certain idéal européen.

 Dominique Venner

 Notes

  1. Alain de Benoist, Mémoire vive, entretiens avec François Bousquet, Editions de Fallois, 331 p., 22 €
Casapound, face à la répression, la révolution!

Depuis plusieurs années déjà, les yeux de nombreux militants identitaires européens se tournent vers l’Italie et l’expérience innovante et iconoclaste de « Casapound », ce mouvement politique et social qui, sous l’emblème de la tortue fléchée, se présente comme rassemblant les « fascistes du 3e millénaire ». Dans cette expression réside d’ailleurs peut-être la première des forces de Casapound: assumer le passé, sans le sacraliser ni s’y enfermer, tout en étant constamment tourné vers l’avenir et en inventant et agissant en permanence.

Grâce à cette dynamique, Casapound a réussi en quelques années à s’imposer comme la principale force radicale alternative en Italie. Occupations non conformes, bars, restaurants, permanences, clubs sportifs, concerts, expositions, manifestations, livres, projets de loi.. le bilan de Casapound impressionne et, parti de Rome, le mouvement essaime désormais dans toute l’Italie, de Bolzano à la Sicile.

L’originalité de Casapound réside sans doute principalement dans l’aspect exclusivement positif et constructif de son discours et de ses actions, un volontarisme optimiste et joyeux qui tranche avec un milieu trop souvent aigri, simplement réactif ou nostalgique, inutilement agressif et purement critique. Tout en étant capable de démonstrations de force dans la rue lorsqu’il est attaqué ou agressé, le mouvement Casapound est parvenu à démontrer que la radicalité n’était pas synonyme d’extrémisme et de marginalité asociale, bien au contraire. C’est en plaçant l’amour des siens et de sa communauté au coeur de son combat que Casapound a notamment réussi à séduire de très nombreux jeunes, exaltés par sa vision à la fois virile et chaleureuse de la camaraderie politique, faisant de son syndicat étudiant le « Blocco Studdentesco », l’une des toutes premières organisations estudiantines du pays, remportant de larges succès électoraux dans les lycées et les facultés.

Cette montée en puissance de Casapound n’a évidemment pas échappé au système qui en a désormais fait la cible privilégiée d’une répression féroce. Cas le plus emblématique des diverses tentatives d’intimidation dont est l’objet la communauté Casapound, la figure d’Albertino Paladino, dit « Zippo », jeune cadre du mouvement âgé de 23 ans, embastillé suite à une bagarre sur la base d’un unique témoignage émanant d’un adversaire politique, exhibé menotté face aux journalistes, jeté en prison plusieurs semaines et depuis lors maintenu en « résidence surveillé », sans possibilité de communication (ni téléphone, ni internet, ni courrier…) et ce malgré un casier judiciaire totalement vierge. Un traitement féroce et totalement disproportionné qui fait de « Zippo » un véritable prisonnier politique et un cas sans précédent dans l’histoire récente de l’Italie. Plusieurs autres jeunes militants ont ainsi subi les foudres de la justice italienne désormais aux ordres du sinistre Mario Monti, président du conseil ultra-libéral, non élu mais imposé par les banques et les instances transnationales et qui incarne l’exacte antithèse de ce que représente et promeut Casapound qui a déjà plusieurs fois manifesté contre lui et sa politique de dérégulation et de soumission aux diktats de la Finance.

Parallèlement à ces attaques gouvernementales, Casapound doit également affronter les éternels idiots utiles du système, à savoir les « antifascistes » des groupuscules marxistes et des centres sociaux, cette extrême-gauche crépusculaire qui n’existe plus que négativement, par son opposition et sa haine recuite, et qui multiplie les attaques et les agressions contre les militants à la tortue fléchée .

Ainsi, le vendredi 23 mars dernier, près de 200 « antifas » casqués et armés attaquaient le siège du « Circolo futurista », l’association culturelle et artistique de Casapound qui s’apprêtait à fêter ses cinq année d’activités dans le quartier populaire de Casal Bertone. Virilement repoussés et chassés jusqu’à leurs propres locaux, les farouches «antifascistes » auront ensuite l’audace bouffonne de prétendre avoir organisé un « cortège démocratique » (alors que photos et vidéos les montrent se dirigeant vers le « Circulo futurista », masqués, casqués, brandissant des chaînes et des couteaux…) et avoir été agressés par les militants patriotes…. L’honneur de ces gens là est décidément à la hauteur de leur efficacité politique à l’heure où, pour de prétendus « communistes » et « anti-capitalistes » il y aurait sans doute des cibles plus prioritaires qu’une galerie d’art et un centre culturel non-conforme et alternatif.

Face à ce climat hostile, Casapound continue à se battre pour imposer son droit à mener son combat politique au grand jour et à accéder sans restriction à l’espace public. Dans cette optique, l’organisation dirigée par Gianluca Iannone multiplie les actions et les projets, de la mise en place d’une ligne téléphonique d’urgence pour les italiens en difficulté à un projet de loi favorisant l’aménagement du temps de travail des femmes enceintes et des jeunes mères en passant par des collages et des tractages presque quotidien… Un travail acharné et permanent qui est la principale clef de la réussite du mouvement et qui devrait se poursuivre prochainement dans les urnes, Casapound ayant décidé d’assoir sa notoriété et sa légitimité en présentant des listes aux prochaines élections municipales. Une nouvelle étape dans la grande aventure des corsaires à la bannière rouge et noir… Une aventure qui n’a désormais plus d’autre limite que l’espérance et le courage des militants qui la font vivre. Face à la répression: révolution!

Xavier Eman

Pour en savoir plus:

Sites: www.casapounditalia.org

www.zentropa.info

Livre:

« Nessun Dolore », de Domenico di Tullio

Version française à commander auprès des éditions Auda Isarn

A paraître: « Tout se réapproprier » aux éditions des Amis du Livre Européen